Plates-formes pétrolières offshore en Europe :
quels risques ?

[Groupe RME, académie de Rouen, mai 2010]

Avril 2010 : explosion d'une plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique

Le 20 avril 2010, la plate-forme pétrolière "Deepwater Horizon", située à 80 kilomètres des côtes de Louisiane, a explosé et pris feu. Elle a sombré deux jours plus tard. Onze personnes sont décédées dans la catastrophe. Toute la région est depuis menacée d'une marée noire encore plus importante que celle créée par le naufrage du pétrolier Exxon Valdez en 1989, en Alaska.

En cas d'explosion, une valve est prévue pour obturer le puits, mais elle n'a pas fonctionné. Le pétrole s'est donc librement échappé de la tête de puits, située à grande profondeur sous le niveau de la mer (1500 mètres) ce qui rend les interventions difficiles. Les quantités d'hydrocarbures libérées sont massives : 800 000 litres/jour selon l'exploitant British Petroleum (BP), et peut-être davantage, selon certains experts. D'énormes nappes en surface, mais aussi d'autres immergées, ont été repérées. Un temps éloignées des côtes américaines par des conditions météorologiques favorables, elles ont commencé à aborder les rivages de façon conséquente un mois environ après l'accident, en Louisiane, Mississipi, Alabama, et Floride.

 

 


Photo US Coast Guards

Différentes techniques ont été tentées pour essayer de stopper, ou au moins limiter, la fuite de pétrole. La première a échoué : elle consistait en la la pose d'un "couvercle", sorte de sarcophage muni de tuyaux destinés à évacuer le pétrole vers des bateaux de pompage. Mais la formation de cristaux d'hydrate de méthane, explosifs, a obligé à annuler l'opération. Une autre technique utilisée ensuite, un mois après l'accident - un tuyau injecté directement dans la tête de puits - semble donner certains résultats : une partie de la fuite (environ 1/5e) est récupérée. Une autre tentative sera effectuée fin mai, consistant à injecter de la boue dans le puits, avant de l'obturer avec du ciment.
Si cette technique échoue, il faudra forer un nouveau puits à proximité du premier, de façon à le tarir, avant de l'obturer. Ce forage, en cours actuellement, pourrait être achevé en août 2010. D'ici là, diverses mesures de fortune sont appliquées : utilisation d'agents dispersants du pétrole (potentiellement dangereux pour l'environnement, selon beaucoup d'experts), protection des côtes par des boudins absorbants (dont la protection est notoirement faible).

[Août 2010] Le 4 août, BP a annoncé avoir réussi à obturer le puits, par injection d'un mélange de boues de forage et de ciment. Cette opération devra être complétée, en septembre probablement, d'une injection "par en dessous" au moyen d'un des puits de dérivation dont le forage est maintenant achevé.
Selon la commission fédérale d'enquête américaine, ce seraient au total 650 millions de litres de pétrole qui se sont répandus, soit plus de 10 fois la quantité déversée par l'Exxon Valdez. Le pays ayant été cette fois directement touché, l'opinion publique américaine a, pour la première fois, pris conscience de la gravité d'une telle catastrophe écologique. Les prochains mois montreront dans quelle mesure les autorités américaines auront réussi ou non à durcir la réglementation sur les forages pétroliers.

 

Dans un premier temps, la compagnie BP a cherché à rejeter la responsabilité sur la société Transocean, propriétaire de la plate-forme. Mais le président et le gouvernement américains ont très sévèrement critiqué cette attitude, et exigé que BP paie les dégâts "jusqu'au dernier centime". Selon les premiers éléments d'enquête, le groupe BP aurait commis d'importantes négligences (utilisation d'une valve défectueuse, non prise en compte d'alertes signalant des débits et pressions anormaux dans les minutes précédant l'explosion). Le fabricant de la valve Cameron, ainsi que le prestataire de services Halliburton, pourraient également être mis en cause.

Le gouvernement américain a décidé la mise en place d'une commission d'enquête indépendante, chargée d'établir les causes de la catastrophe, et de faire des recommandations pour éviter que d'autres ne se produisent. Le président américain a notamment déclaré : "Nous savons (...) que des relations de connivence entre les compagnies pétrolières et gazières et les agences qui les réglementent est un sujet de préoccupation depuis longtemps."

 

 


En orange : les champs pétrolifères
 

 

Et en Europe ?

De très nombreuses plates-formes pétrolières (de l'ordre de 500) sont implantées "offshore" (c'est-à-dire en peine mer) au voisinage de l'Europe. Pour la plupart en Mer du Nord et, dans une moindre mesure, en Mer de Norvège. Ce gisement offshore est l'un des plus importants au monde.

Une différence est à souligner avec le golfe du Mexique : la profondeur d'eau est nettement moins grande, généralement comprise entre 100 et 600 mètres.

L'accident le plus connu en Mer du Nord est l'explosion de la plateforme Piper Alpha en 1988, causant la mort de 167 personnes. Mais la liste est longue des incidents ou accidents. Le forage en mer est une activité dangereuse. Pour prendre un exemple très récent, le 21 mai 2010 un tiers environ des quelques 230 employés de la plate-forme norvégienne Gullfaks C ont été évacuées, par suite d'anomalies de pression sur le forage, pouvant conduire éventuellement à une explosion.

Après la catastrophe de Deepwater Horizon, l'incident de Gullfaks C a déclenché une polémique en Europe. Les études de danger avant exploitation sont-elles assez approfondies ? Les contrôles des installations, actuellement du ressort de chaque Etat, sont-ils suffisants et véritablement indépendants ? Ne faudrait-il pas des normes européennes et non pas seulement nationales ? Les prescriptions sont-elles correctement appliquées par les opérateurs ? Faut-il autoriser des forages sous grande profondeur d'eau ? Les moyens d'intervention et de dédommagement en cas de marée noire sont-ils suffisants ?

Le commissaire européen à l'énergie a estimé vouloir "s'assurer que la législation nécessaire est en place et qu'elle est effectivement appliquée", mais souligné "qu'aucune régulation ne peut apporter à elle seule des garanties de sûreté à 100% : beaucoup dépend de l'attitude et des pratiques des opérateurs". Il a réuni le 11 mai 2010 les représentants de l'industrie pétrolière et gazière, pour évoquer les mesures de prévention et les scénarii de crise.